Car Wash

par Shya Kane
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01 Dec Car Wash

Car WashNous avons deux stations de lavage de voiture dans notre petite ville. Dans l’une on peut laver sa voiture soi-même ou choisir un lavage automatique pendant lequel on reste dans sa voiture. L’autre est une station au service plus complet dans laquelle vous sortez de votre voiture et vous attendez pendant qu’une équipe complète la bichonne du sol au plafond et fait briller les chromes.

Un jour, il y a quelque temps, je me suis dit que notre voiture avait besoin du service complet. Il y avait la crasse accumulée à l’extérieur, bien sûr, mais aussi à l’intérieur, les résidus de nos grignotages tardifs lorsqu’on rentre tard après nos séminaires du lundi. Nos dégustations de graines de tournesols et de citrouilles avaient laissé des traces et la voiture semblait avoir été envahie par une bande d’écureuils peu soigneux. Donc, ce jour-là, en faisant les courses, je me suis arrêté à la station servie pour un grand nettoyage.

En m’arrêtant sur le côté pour faire ma sélection de services, je fus surpris de voir que je m’étais garé juste derrière un policier en patrouille, son véhicule de service bien identifiable avec sa barre de lumière rouge et bleue installée sur le toit. Ma petite Prius vert pâle ne semblait pas faire le poids en comparaison. Après avoir passé ma commande, on me donna une facture que j’allai payer à l’intérieur de la station. Comme c’était une belle journée, je ressortis pour attendre dehors. Le policier était là aussi et il parlait au téléphone.

J’eus tout le temps de l’observer sans qu’il me remarque. Il avait à peu près la même taille que moi, 1 mètre 70 avec des cheveux bruns coupés court. Il semblait avoir entre 30 et 40 ans mais bien qu’on ait à peu près la même corpulence, il semblait bien alourdi. Un gilet pare-balles, une ceinture avec des menottes, une bombe lacrymogène, un revolver, les lourdes bottes – tous ces accessoires devaient bien peser au moins 10 kg, une charge lourde à porter tous les jours.
« OK chérie, je t’aime, » dit-il en terminant sa conversation. Il se tourna vers moi en remettant son téléphone dans sa poche et je surpris une expression de fatigue inattendue sur son visage. Je réalisai que l’équipement n’était pas la seule chose qui pesait lourd. Peut-être quelque chose se passait-il à la maison. Peut-être était-ce l’empreinte de ses responsabilités de tous les jours : les cambriolages, les accidents, les infractions, les interventions pour violence domestique, la délinquance dans toutes ces formes. Peut-être, était-ce l’impopularité qui découle son travail quand il arrête les gens sur la route. A ce moment, je réalisai que son travail, souvent, devait être bien ingrat.

M’approchant de lui alors qu’il regardait les hommes qui s’activaient sur nos voitures avec leurs peaux de chamois, je lui dis : « Monsieur l’agent, je vous remercie pour ce que vous faites pour assurer notre sécurité et celle de nos communautés. Merci pour vos services. » J’eus envie de lui dire de faire attention à lui mais je me contentai de lui souhaiter une bonne journée.

« Merci. Bonne journée à vous aussi, » répondit-il en réajustant son chapeau et en se dirigeant vers sa rutilante voiture.

En le regardant monter dans son véhicule et démarrer, il me sembla que son fardeau était un peu plus léger et que sa voiture n’était pas la seule chose qui avait été dépoussiérée. Et en remontant dans ma Prius, je me sentis aussi plus léger pour avoir donné un peu de reconnaissance à un être humain qui travaille dans mon intérêt, même si nous ne nous étions jamais rencontrés et si, Dieu le voulant, nous n’aurions jamais besoin des services l’un de l’autre.

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